"J'aimerais tant que tout soit possible. Être fille et ne pas faire souffrir ma mère, être mère et protéger mes filles, être femme et chérir la petite Nathalie en moi, être sage et demeurer folle, être séparés et se garder aimants, gouverner sans  être solitaire, être publique et cependant comprise, me savoir futile et toutefois utile.
Être  libre, et attachée à toi"

Dit Ryckiel, fille de la grande Sonia.

Nathalie, de son prénom, a écrit un de ces livres qui se terminent avec regret et nostalgie. Ce petit bout de femme nous livre des instants de vie, avec légèreté souvent, humour beaucoup, langue de bois jamais. Elle partage tout au long de ces quelques 200 pages ses larmes, ses amours, ses amitiés, ses joies, sa relation avec sa mère, ses filles, ses amants, son travail pour que la maison Ryckiel reste toujours au top.

Morceaux choisis:

"LADY SUSAN

Connaissez-vous ces plateaux en bois pivotants que l'on installe au centre d'une table ronde et sur lesquels on dispose la nourriture? Chaque convive se sert, à tour de rôle, faisant tourner le plateau pour amener devant lui celui des plats qui le tente. On a traité de paresseuse la maîtresse de maison qui l'a créé, une certaine Susan. Moi, je la trouve ingénieuse. Son invention m'évoque tout ce que l'on offre à ses enfant en essayant de les éduquer. Sur le plateau familial central, on présente des soupières d'amour, des saladiers d'intelligence, des plats de tolérance, des ramequins de courage, des saucières de respect, des salières de paix intérieure, des poivrières de sens critique, des cuillères de culture, des fourchettes diététiques, des conversations d'optimisme. Si l'on peut. Ce qu'on peut. Tout ce qu'on peut. Dans une vaisselle de légèreté. On essaie de laisser dans le buffet les clefs à tiroir, la porcelaine d'anxiété, les verres en cristal d'antécédents familiaux. On installe tout son monde sur des chaises robustes, dépareillées parfois, mais en bon bois bien solide. On fournit les serviettes en tissu de famille. La mère et le père conçoivent la table, préparent et disposent les mets. A chacun des enfants de faire tourner ce qui lui convient, d'apprendre à attendre son tour.

Chacun se sert, et les parents aussi. Les invités apportent le dessert, tout  le monde goûte à tout et le dîner est pourtant différents pour chacun..."

In Tu seras une femme, ma fille, Nathalie RICKIEL, Calmann-lévy, janvier 2010

Tu_seras_une_femme_ma_fille